







Après deux jours à Singapour, nous quittons la ville en bus pour rejoindre Johor Bahru, en Malaisie. Une nouvelle étape commence : traverser le pays par l’intérieur pour remonter vers la Thaïlande. Nous choisissons pour cela le Jungle Train, une ligne ferroviaire qui traverse la péninsule malaise loin des grandes métropoles. Dix-huit heures de trajet d’une traite jusqu’à Pasir Mas, à quelques kilomètres de la frontière thaïlandaise. Le choix est autant pratique que motivé par l’expérience : continuer notre route vers la Thaïlande pour quelques euros seulement, tout en découvrant la Malaisie autrement. Après bientôt trois semaines de voyage à travers l’Asie du Sud-Est, cette traversée devient naturellement un nouveau chapitre de mon travail photographique autour du voyage et des territoires.

Nous avons des couchettes, mais le confort reste sommaire. Le train est bruyant, s’arrête régulièrement et les mouvements du wagon accompagnent toute la nuit. Après près de trois semaines de voyage, la fatigue commence surtout à se faire sentir. Sur les dix-huit heures de trajet, nous en passons probablement une dizaine à dormir. Je ne serai finalement réellement éveillé que quelques heures, suffisamment toutefois pour observer et photographier ce qui se passe autour de moi. Le train avance, s’arrête, repart. On dort, on se réveille, on regarde quelques minutes par la fenêtre avant de replonger dans le sommeil. Le voyage se construit presque par fragments.


Nous ne visitons finalement pas vraiment la Malaisie : nous la traversons. Depuis les fenêtres du train, le pays apparaît par fragments. Une végétation dense, des kilomètres de jungle, quelques habitations et de petites gares perdues au milieu d’un territoire qui semble parfois très éloigné de toute modernité. Le réseau téléphonique disparaît lui aussi pendant une grande partie du trajet. Plus grand-chose à faire sinon dormir, discuter, regarder dehors et attendre le prochain arrêt. Après les tours de verre, les lumières artificielles et l’architecture parfaitement maîtrisée de Singapour, le contraste est saisissant. Quelques heures suffisent pour changer complètement de décor.

Au départ de Johor Bahru, le train est encore relativement vide. Puis les arrêts se succèdent et les wagons se remplissent progressivement. Nous sommes les seuls touristes à bord, entourés presque exclusivement de voyageurs malaisiens qui montent et descendent au fil du parcours. C’est aussi ce que j’aime photographier pendant les premières heures : le calme du départ, les couloirs presque vides, puis les silhouettes qui apparaissent et la vie qui s’installe progressivement dans le train. Le voyage ne se déroule alors plus uniquement derrière la fenêtre. Le wagon devient lui-même un petit territoire à observer.


Le souvenir photographique le plus fort reste probablement celui du réveil. Après plusieurs heures de sommeil bercé — ou plutôt secoué — par le bruit des rails, j’ouvre les yeux alors que le soleil commence à traverser les fenêtres. À l’extérieur, la jungle défile. À l’intérieur, une lumière chaude entre dans les wagons et transforme pendant quelques instants l’atmosphère du train.
C’est dans ces moments que je retrouve ce que j’aime dans la photographie de voyage : ne rien avoir prévu et simplement être attentif à ce qui apparaît. Une fenêtre, quelques rayons de soleil, la végétation en mouvement et quelques secondes pour déclencher.

Sur le papier, ces dix-huit heures pourraient rappeler les deux jours passés quelques semaines auparavant sur le Mékong au Laos. Pourtant, les deux expériences sont difficilement comparables. Le slow boat était silencieux, contemplatif, presque méditatif. Le Jungle Train est beaucoup plus brut : les rails, les arrêts, les passagers, les réveils successifs et la fatigue rythment le voyage.
Dix-huit heures d’une traite, c’est long. Et mon estomac s’en souviendra également puisque cette traversée me vaudra une belle tourista à l’arrivée. Avec du recul, je referais volontiers ce trajet, mais différemment. En descendant une ou deux fois pour découvrir les territoires traversés avant de reprendre le train quelques jours plus tard. Cette fois, nous avons surtout aperçu la Malaisie sans véritablement avoir le temps d’y entrer.
Sur cette série, la destination importe finalement moins que le trajet. Je photographie les fenêtres, les couloirs, les portes, les passagers et la lumière qui entre dans les wagons. À l’extérieur, le paysage défile trop vite pour être réellement saisi. À l’intérieur, chaque arrêt modifie progressivement le décor humain du train.
Le déplacement devient alors le sujet photographique lui-même : ce temps suspendu entre deux destinations où l’on ne peut ni accélérer ni véritablement décider de ce qui va se présenter devant l’objectif. Une approche qui prolonge mon travail personnel autour du voyage, où les transports, les attentes et les moments intermédiaires occupent une place aussi importante que les destinations elles-mêmes.

J’ai documenté ces dix-huit heures en photographie mais également en vidéo. Les deux médiums racontent différemment cette expérience. La photographie isole des fragments : une lumière, une fenêtre, une silhouette ou quelques secondes au milieu du trajet. La vidéo permet de retrouver le mouvement, le bruit des rails, les arrêts et la sensation de traverser le pays pendant des heures. Deux écritures complémentaires qui font aujourd’hui partie de mon travail de photographe et réalisateur.
Dix-huit heures après notre départ, nous descendons finalement à Pasir Mas, dans le nord-est de la Malaisie, à proximité de la frontière thaïlandaise. Cette arrivée referme presque une boucle commencée plusieurs semaines auparavant. Nous avions quitté la Thaïlande par le nord pour rejoindre le Laos, poursuivi vers le Vietnam, découvert Singapour puis traversé la Malaisie. Nous sommes désormais sur le point de retrouver le pays où le voyage avait commencé. Le Jungle Train restera une expérience singulière de ce mois en Asie. Pas la plus confortable, ni la plus reposante, mais une véritable traversée : dix-huit heures à regarder un pays défiler derrière une fenêtre.

Vous recherchez un photographe pour documenter un restaurant, un hôtel, un lieu de réception ou un événement haut de gamme ?
Le Jungle Train est le surnom donné à une ligne ferroviaire traversant l’intérieur de la péninsule malaisienne. Le trajet permet de découvrir une Malaisie plus rurale, entre jungle, petites gares et territoires éloignés des grandes métropoles.
Notre traversée a duré environ 18 heures d’une traite, de Johor Bahru jusqu’à Pasir Mas, dans le nord-est de la Malaisie, à proximité de la frontière avec la Thaïlande.
Oui. Nous avions des couchettes pour effectuer le trajet de nuit. Le train reste toutefois assez bruyant et effectue de nombreux arrêts, ce qui rend le voyage plutôt rudimentaire malgré la possibilité de dormir.
Nous voulions rejoindre le nord de la Malaisie puis la Thaïlande tout en faisant du déplacement une véritable partie du voyage. Le coût du billet était également très faible, de l’ordre de quelques euros au moment de notre voyage en septembre 2023.
Une grande partie du trajet traverse des paysages très végétalisés et des zones rurales. Depuis les fenêtres, nous avons principalement aperçu de la jungle, quelques habitations et de nombreuses petites gares au fil des arrêts.
L’expérience est intéressante pour découvrir autrement la Malaisie, mais 18 heures d’une traite peuvent être fatigantes. Avec du recul, je choisirais probablement de faire une ou deux étapes en chemin afin de découvrir davantage les territoires traversés avant de reprendre le train.
Non. J’ai réalisé une série photographique ainsi qu’une vidéo afin de documenter le trajet, l’ambiance à bord, les paysages et le mouvement du train.