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La route est rapidement devenue le fil conducteur de la série. Une grande partie des photographies a été réalisée en mouvement, parfois depuis le siège passager d’une voiture. Je me suis progressivement intéressé autant aux paysages qu’à tout ce qui pouvait s’interposer entre eux et mon objectif : une vitre, un arbre, une rambarde, un panneau ou le reflet de l’habitacle. Ces éléments que j’aurais pu chercher à éviter sont devenus partie intégrante de la série. Ils donnent aux images cette sensation de déplacement et rappellent que je ne regarde pas les Alpes depuis un point fixe : je les traverse.



La météo a profondément façonné ce road trip. En plein mois de juillet, le ciel bleu attendu a régulièrement laissé place au brouillard, aux nuages bas et parfois à la pluie. Ces conditions ont finalement participé à l’identité visuelle du projet. Les montagnes apparaissent puis disparaissent, les couleurs deviennent plus sourdes et certains paysages prennent une dimension presque mélancolique. Plutôt que d’attendre systématiquement les conditions idéales, j’ai progressivement appris à photographier ce que le voyage m’offrait.



La Suisse occupe une place importante dans la série. Les rives du lac de Brienz, les villages traversés autour de Habkern, les routes de montagne et les grands cols ont progressivement fait évoluer le paysage. Au col de la Furka, l’ancien hôtel Belvédère apparaît au bord d’une route vertigineuse face au glacier du Rhône. Plus loin, le Nufenen Pass culmine à près de 2 500 mètres dans une atmosphère radicalement différente : brume, reliefs partiellement dissimulés et routes disparaissant derrière la montagne.
Ces lieux spectaculaires auraient facilement pu conduire à rechercher uniquement la grande photographie de paysage. J’ai au contraire essayé de conserver ce qui faisait réellement partie du voyage : la route, les voitures, les arrêts et les éléments rencontrés en chemin.





À Zermatt, le rapport au paysage change encore. Le train du Gornergrat nous emmène à plus de 3 000 mètres d’altitude face au Cervin. Là-haut, photographier devient presque secondaire. La montagne impose naturellement de ralentir et de regarder.
La descente en train, accompagnée par les dernières lumières de la journée, reste l’un des moments les plus marquants du voyage. Le bruit régulier du train, les passagers silencieux et le Cervin apparaissant entre les nuages créent une sensation difficile à restituer avec une seule image. C’est précisément dans ces moments que la photographie et la vidéo deviennent complémentaires.


Ce road trip m’a surtout appris à moins chercher l’image parfaite. Sur la route, beaucoup de photographies ne peuvent pas être préparées. Un paysage apparaît pendant quelques secondes, la voiture continue d’avancer et il faut décider immédiatement si quelque chose mérite d’être photographié. Cette contrainte m’a poussé vers une photographie plus instinctive : accepter le flou, les premiers plans imparfaits, les cadrages pris dans le mouvement ou les éléments qui traversent volontairement l’image.

Certaines photographies auxquelles je prêtais peu d’attention au moment de la prise de vue sont finalement devenues importantes lorsque j’ai redécouvert la série plusieurs mois plus tard. Elles ne montrent pas nécessairement les paysages de la manière la plus spectaculaire. Mais elles retranscrivent quelque chose de plus difficile à construire volontairement : la sensation d’être sur la route.
Ce travail a renforcé une approche que je cherche désormais davantage dans ma photographie : laisser une place à l’accident, au mouvement et à ce qui échappe au contrôle.






Après les grands paysages suisses, la route s’est poursuivie vers l’Italie avant de rejoindre progressivement la France. Le passage d’un pays à l’autre ne crée pas de rupture nette. Les paysages évoluent progressivement, tout comme l’architecture, les villages, les couleurs et les scènes rencontrées au bord de la route. Un cycliste dans une petite rue italienne, une pause autour d’un café, un panneau aperçu quelques secondes : ces scènes plus modestes trouvent naturellement leur place aux côtés des grands paysages alpins.




Le retour vers la France marque les dernières étapes de Strada per le Alpi, notamment par le col du Petit-Saint-Bernard avant de rejoindre Courchevel. Après plusieurs jours passés sur la route, la montagne se regarde différemment. Il ne s’agit plus nécessairement de chercher ce qu’il reste à photographier, mais de profiter des derniers kilomètres et de laisser le voyage se terminer. Les remontées mécaniques nous conduisent une dernière fois en altitude, jusqu’au chemin de la Saulire. Après les kilomètres, les changements de météo et les nombreux cols traversés, le silence de la montagne offre une dernière respiration à la série.






Strada per le Alpi est progressivement devenu autre chose qu’une collection de paysages alpins.
Le projet raconte autant les Alpes que la manière de les parcourir : les kilomètres, les vitres des voitures, les arrêts improvisés, les changements de météo, les moments partagés et cette alternance permanente entre mouvement et contemplation. La photographie m’a permis d’en conserver des fragments. La vidéo apporte quant à elle ce que l’image fixe ne peut pas toujours restituer : le déplacement, les sons, les variations du paysage et le rythme de la route.

Ce voyage m’a surtout conforté dans l’idée qu’une photographie n’a pas besoin d’être parfaitement construite pour raconter quelque chose. Le mouvement, l’imprévu et certaines imperfections peuvent devenir une véritable écriture lorsqu’ils traduisent fidèlement une sensation. Laisser davantage de place à ce qui arrive plutôt qu’à ce que j’avais prévu de photographier : c’est probablement ce que je retiens le plus de ce voyage.





Revoir ces photographies plusieurs mois après leur prise de vue m’a permis de créer des rapprochements que je n’avais pas nécessairement perçus sur la route : les mouvements, les couleurs, les silhouettes et cette présence récurrente d’éléments situés entre le paysage et moi.
Cette série a finalement donné naissance à Strada per le Alpi, un livre photo pensé comme le prolongement physique du voyage. L’objet permet de retrouver quelque chose que j’aime particulièrement dans la photographie : construire une narration non plus image par image, mais à travers leur succession, leur rythme et leur confrontation.
Vous souhaitez suivre mes prochains voyages photographiques ou découvrir d’autres séries personnelles ? Retrouvez-les sur mon journal, ou contactez-moi si vous portez un projet similaire.
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Strada per le Alpi est un road trip photographique et vidéo réalisé en juillet 2025 à travers les Alpes françaises, suisses et italiennes, donnant naissance à une série photographique, un film de voyage et un livre photo.
Le voyage traverse notamment le lac de Brienz, le col de la Furka et son hôtel Belvédère, le Nufenen Pass, Zermatt et le Cervin, avant de rejoindre l’Italie puis les Alpes françaises jusqu’à Courchevel.
La photographie permet de fixer des fragments du voyage, tandis que la vidéo restitue ce que l’image fixe ne peut pas montrer : le déplacement, les sons, le rythme de la route et l’atmosphère des lieux traversés.
Le livre photo est né de la sélection et de l’édition des images plusieurs mois après le voyage, pensé comme le prolongement physique de la série et une manière de raconter le road trip à travers la succession et le rythme des photographies.
Ce voyage a renforcé une approche plus instinctive de la photographie, laissant davantage de place au mouvement, à l’imprévu et aux imperfections qui traduisent fidèlement une sensation vécue sur la route.