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Laos – Le temps du Mékong

Cinq jours au Laos, dont deux à descendre le Mékong en slow boat. Un voyage lent entre Huay Xai et Luang Prabang, devenu un reportage photographique sur l’attente, les rencontres et la simplicité.

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2023

Entrer au Laos

Septembre 2023. Après avoir découvert Bangkok et le nord de la Thaïlande, notre voyage d’un mois à travers l’Asie se poursuit vers le Laos. Depuis Chiang Rai, nous prenons un bus vers la frontière avant de rejoindre Huay Xai, petite ville installée sur les rives du Mékong. Nous n’y resterons qu’une journée. Huay Xai est avant tout un point de passage, mais dès les premières heures, quelque chose change. Le rythme, les paysages, les visages. Je ressens rapidement une forme de simplicité qui me donne envie de photographier davantage ce qui se passe autour de moi. Ce nouveau chapitre de mon travail photographique personnel va finalement se construire autour d’un trajet plutôt que d’une destination : deux jours de navigation sur le Mékong pour rejoindre Luang Prabang.

Projet par Jean-Baptiste Nore, Photographe et Réalisateur
Type de projet
Secteur
Voyage · Tourisme · Culture & Territoire
Lieu
Laos — Huay Xai, Mékong, Pak Beng, Luang Prabang
Année
2023
Mission
Reportage photographique et réalisation vidéo
Service
Photographie · Réalisation · Prises de vues aériennes · Montage · Étalonnage · Retouche
.

Entrer au Laos

Septembre 2023. Après avoir découvert Bangkok et le nord de la Thaïlande, notre voyage d’un mois à travers l’Asie se poursuit vers le Laos. Depuis Chiang Rai, nous prenons un bus vers la frontière avant de rejoindre Huay Xai, petite ville installée sur les rives du Mékong. Nous n’y resterons qu’une journée. Huay Xai est avant tout un point de passage, mais dès les premières heures, quelque chose change. Le rythme, les paysages, les visages. Je ressens rapidement une forme de simplicité qui me donne envie de photographier davantage ce qui se passe autour de moi. Ce nouveau chapitre de mon travail photographique personnel va finalement se construire autour d’un trajet plutôt que d’une destination : deux jours de navigation sur le Mékong pour rejoindre Luang Prabang.

Deux jours pour regarder le temps passer

Depuis Huay Xai, nous embarquons à bord d’un slow boat. Deux jours de navigation sur le Mékong nous attendent. Pas de réseau. Presque pas de téléphone. Rien à faire, finalement, si ce n’est regarder. Le fleuve impose son propre rythme. Pendant des heures, les paysages défilent lentement : jungle, reliefs, villages isolés, embarcations et scènes de vie aperçues depuis le bateau. On discute, on dort, on photographie parfois, puis on recommence simplement à observer ce qui nous entoure.

Dans un voyage où les étapes s’enchaînent rapidement, ces deux journées deviennent une parenthèse. Pour une fois, il n’y a rien à optimiser, aucun lieu à rejoindre avant la fermeture, aucune visite à cocher. Nous savons seulement que le bateau avance vers Luang Prabang. Cette lenteur devient progressivement le véritable sujet de mon reportage.

Le fleuve comme trait d’union

Le slow boat n’est pas seulement emprunté par des voyageurs. Il dessert aussi les villages installés le long du Mékong et devient, au fil de la journée, un lien entre des communautés parfois difficiles d’accès autrement. À plusieurs reprises, le bateau ralentit et s’arrête directement sur les rives. Des passagers descendent, d’autres montent. Des habitants viennent jusqu’au bateau pour vendre quelques produits. Nous restons à bord, spectateurs de ces échanges qui ne durent parfois que quelques minutes.

Ces arrêts donnent une autre dimension au trajet. Derrière les paysages que nous contemplons depuis plusieurs heures apparaissent des lieux habités, des familles et une vie quotidienne dont le fleuve fait pleinement partie. Je photographie ces instants comme ils viennent. Sans mise en scène, avec cette envie de conserver une trace de ce que je vois plutôt que de chercher à transformer le réel.

Quand les visages entrent dans le cadre

C’est aussi au Laos que mon rapport à la photographie de rue évolue. Je ressens moins de distance avec les personnes que je croise. L’appareil semble susciter peu d’attention et je me sens progressivement plus libre de photographier les scènes qui se présentent à moi : un regard depuis une fenêtre, le pilote du bateau, des enfants venus jusqu’au fleuve, un passager perdu dans ses pensées.

Je ne demande pas de portraits et je n’interviens presque jamais dans la scène. J’observe et j’attends. Cette manière de travailler, entre photographie de voyage et reportage documentaire, commence à prendre une place importante dans mon approche de l’image. Les personnes ne deviennent pas le décor du voyage. Elles racontent simplement, par leur présence, une partie de ce territoire que je suis en train de découvrir.

Une nuit au milieu du voyage

À la fin de la première journée, le bateau s’arrête à Pak Beng. Nous descendons enfin du slow boat pour y passer la nuit. Le lendemain matin, nous retrouvons le Mékong pour une deuxième journée de navigation. Le principe reste exactement le même : avancer lentement et accepter de ne rien faire d’autre que regarder le paysage se transformer. À mesure que les heures passent, cette absence de distraction devient presque précieuse. Le voyage laisse davantage de place aux conversations, au silence et à l’observation. Puis, après deux jours sur le fleuve, Luang Prabang apparaît.

Luang Prabang, retrouver la terre

Après deux journées bercées par le moteur du slow boat et le mouvement du Mékong, Luang Prabang marque un changement brutal de rythme. Et la ville n’est pas particulièrement silencieuse lorsque nous arrivons. Une course de bateaux à rames anime les rives et rassemble habitants et visiteurs. Après avoir observé le fleuve pendant deux jours depuis notre embarcation, nous le retrouvons soudain comme lieu de fête et de rassemblement. Nous passons deux jours à Luang Prabang, entre les rues de la ville, les temples et les rives du Mékong. Je continue à photographier librement, porté par cette facilité à observer les scènes quotidiennes que j’ai ressentie depuis notre arrivée au Laos. Une manière de raconter une destination qui dépasse les paysages emblématiques et que je continue aujourd’hui à explorer dans mes différents reportages de voyage.

Dans la jungle de Kuang Si

À une trentaine de kilomètres au sud de Luang Prabang, nous découvrons les chutes de Kuang Si. L’eau descend à travers une succession de bassins et de cascades entourés d’une végétation dense. Après les tonalités brunes du Mékong, le paysage change complètement : l’eau devient turquoise, la jungle se referme autour des chutes et les couleurs prennent une place presque irréelle. Je retrouve ici ce qui m’attire déjà dans la photographie de voyage : passer d’un environnement à un autre et chercher, à chaque fois, une manière différente de traduire ce que je ressens plutôt que de simplement documenter ce qui se trouve devant moi.

À l’aube, les robes safran

Un matin, avant que Luang Prabang ne s’éveille complètement, j’assiste au Tak Bat. À l’aube, les moines bouddhistes parcourent silencieusement les rues pour recevoir les offrandes des habitants. Je choisis de rester en retrait. Je ne participe pas au rituel et photographie à distance, en essayant de perturber le moins possible ce moment qui ne nous appartient pas.

Dans la faible lumière du matin, les robes safran traversent le cadre puis disparaissent. Je travaille aussi avec le mouvement et le flou, moins pour décrire précisément la scène que pour conserver quelque chose de son passage. Quelques secondes suffisent parfois à raconter davantage qu’une image parfaitement figée.

Un reportage contemplatif

Le Laos restera l’un de mes grands coups de cœur de ce voyage en Asie. Pas nécessairement parce qu’il concentre les paysages les plus spectaculaires, mais parce qu’il m’a appris à ralentir. Pendant deux jours sur le Mékong, l’absence de réseau et la lenteur du bateau ont supprimé une grande partie des distractions qui accompagnent habituellement le voyage.

Il restait le fleuve, les paysages, les personnes avec lesquelles nous voyagions et celles que nous apercevions sur ses rives. Cette simplicité a directement influencé ma manière de photographier. J’ai davantage observé les visages, attendu les gestes et accepté qu’une photographie puisse simplement raconter un instant ordinaire. Ce reportage est peut-être moins celui d’un pays que celui d’un rythme : celui du Mékong et de ces deux journées pendant lesquelles nous avons réappris à ne rien faire d’autre que regarder.

Raconter le Laos en images

Cette étape au Laos a été documentée en photographie mais également en vidéo. Deux films YouTube retracent cette partie du voyage, de l’arrivée à Huay Xai à la découverte de Luang Prabang. La photographie s’est naturellement concentrée sur les fragments : les visages, les couleurs, les scènes aperçues depuis le bateau et les rencontres le long du Mékong. La vidéo permet, elle, de retrouver ce que les images fixes ne peuvent conserver : le mouvement du fleuve, la durée du trajet et le rythme si particulier du slow boat. Cette complémentarité entre photographie et film fait aujourd’hui partie intégrante de mon travail de photographe et réalisateur.

Quitter le Laos

Cinq jours seulement. Une journée à Huay Xai, deux jours sur le Mékong et deux jours à Luang Prabang. Et pourtant, le Laos reste l’un des souvenirs les plus forts de ce mois en Asie. Peut-être justement parce que nous y avons peu couru. Le slow boat nous a obligés à ralentir, à accepter la distance et à laisser le voyage se dérouler devant nous. Cette lenteur a donné naissance à une série plus humaine, plus spontanée et plus contemplative.

Depuis Luang Prabang, nous quittons finalement le Laos par les airs. Direction Hanoï et un nouveau chapitre du voyage : le Vietnam. Retrouvez mes autres séries dans la rubrique Projets, découvrez mes éditions et photographies dans la Boutique, ou contactez-moi pour imaginer un reportage photographique ou vidéo autour d’un territoire, d’un lieu ou d’un voyage.

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