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Road To Croatia

10 jours et plus de 3 000 kilomètres à travers l’Europe, de Paris aux côtes croates

Projet > Personnel > Voyage & Destinations > Road To Croatia
2023

Contexte

Road to Croatia est un road trip photographique et automobile de plus de 3 000 kilomètres à travers l’Europe. Pendant dix jours, nous avons pris la route depuis Paris en direction de la Croatie, traversant successivement la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie avant de rejoindre les côtes de l’Adriatique. Nous étions huit amis réunis par deux passions communes : le voyage et l’automobile. À bord de plusieurs voitures de sport, l’idée était simple : partir, traverser l’Europe par la route et construire notre itinéraire autour des paysages, des cols de montagne et des villes rencontrées en chemin.

De Füssen au col du Timmelsjoch, des Alpes autrichiennes aux côtes croates, puis de Split à l’Italie avant un retour par le col du Grand-Saint-Bernard, ce voyage est devenu un terrain d’exploration photographique permanent. J’ai documenté cette aventure à travers la photographie et une série de films, en mêlant automobile, paysage, photographie de rue et fragments de vie. Plus qu’un récit consacré aux voitures, Road to Croatia raconte ce qui se passe autour de la route : les kilomètres parcourus, les rencontres, les imprévus et cette sensation particulière de voir les paysages évoluer à mesure que l’on traverse les frontières.

Projet par Jean-Baptiste Nore, Photographe et Réalisateur
Type de projet
Secteur
Road trip · Automobile · Europe
Lieu
France · Allemagne · Autriche · Italie · Croatie
Année
2023
Mission
Reportage photographique et réalisation vidéo
Service
Photographie · Réalisation · Prises de vues aériennes · Montage · Étalonnage · Retouche
.

De Paris aux premières routes allemandes

Tout commence à Paris. Les voitures sont chargées, les itinéraires enregistrés et dix jours de route nous attendent. Devant nous : plus de 3 000 kilomètres et une succession de territoires dont nous ne connaissons encore que les noms sur une carte. Les premières heures sont celles du départ. On quitte progressivement nos repères, Paris disparaît derrière nous et le voyage commence réellement lorsque les panneaux, les paysages et les langues commencent à changer.

Après Strasbourg, nous franchissons notre première frontière pour entrer en Allemagne. Ces premiers kilomètres ne sont encore qu’une introduction, mais ils installent déjà ce qui deviendra le rythme de toute la série : rouler, observer, s’arrêter, photographier puis repartir.

Füssen, aux portes des Alpes

À Füssen, le paysage commence à annoncer la suite du voyage. Les reliefs apparaissent progressivement et les longues portions de route laissent place aux premiers paysages alpins. La voiture devient aussi un véritable outil d’observation. Je photographie depuis l’habitacle, à travers une vitre ou dans un rétroviseur. Ces cadrages imparfaits et spontanés permettent de conserver quelque chose du mouvement et de la sensation du voyage.

Je ne cherche pas uniquement à photographier les voitures ou les destinations. Ce qui m’intéresse se trouve souvent entre les deux : la route elle-même et tous ces fragments que l’on aperçoit pendant quelques secondes avant qu’ils ne disparaissent.

Traverser les Alpes autrichiennes

En entrant en Autriche, les montagnes prennent progressivement toute la place. La météo est encore incertaine, les routes sont humides et les sommets apparaissent entre les nuages. Puis le ciel s’ouvre. Les routes traversent les vallées, les forêts laissent apparaître les montagnes et chaque arrêt devient une nouvelle occasion de photographier.

Dans ce décor, les voitures semblent parfois minuscules. C’est précisément ce rapport d’échelle qui m’intéresse : confronter la machine à un territoire beaucoup plus grand qu’elle et laisser le paysage reprendre naturellement le premier rôle.

Le Timmelsjoch, à 2 474 mètres

La route nous conduit ensuite vers l’un des passages les plus marquants du voyage : le col du Timmelsjoch, perché à 2 474 mètres d’altitude entre l’Autriche et l’Italie. À mesure que nous montons, la végétation disparaît et le paysage devient minéral. Les routes sinueuses traversent la montagne, les températures baissent et les sommets semblent soudain beaucoup plus proches.

Mais mes photographies ne restent jamais longtemps uniquement tournées vers le paysage. Au milieu de cette immensité, un homme assis sur un banc, des randonneurs ou quelques moutons deviennent tout aussi intéressants qu’un panorama. Ce sont ces présences presque anecdotiques qui permettent de raconter autrement un lieu. Elles introduisent une histoire possible dans l’image et laissent volontairement une partie du récit à l’imagination.

De l’autre côté de la frontière

Le Timmelsjoch marque aussi notre passage vers l’Italie. Une frontière presque abstraite au milieu de la montagne : quelques kilomètres suffisent pour changer de pays tandis que le paysage, lui, semble poursuivre son chemin sans se soucier des limites dessinées sur une carte. Nous descendons vers le Tyrol du Sud avant de reprendre la direction de l’Autriche et de Lienz. Les kilomètres s’accumulent et les premiers imprévus mécaniques apparaissent.

Parce qu’un road trip ne se déroule jamais exactement comme prévu. Une pause forcée, un problème de pneus ou quelques minutes passées dans une station-service font eux aussi partie du voyage. Avec le recul, ces interruptions deviennent souvent autant de souvenirs que les destinations elles-mêmes.

Lienz, regarder au-delà de la route

À Lienz, je délaisse momentanément les grands paysages pour retrouver une photographie plus attentive aux formes, aux couleurs et à l’architecture. Les toitures, les façades, les ombres et les détails ordinaires deviennent des sujets à part entière. Après plusieurs heures passées à regarder défiler les montagnes, changer d’échelle permet de renouveler le regard.

Cette alternance traverse tout le projet. Road to Croatia n’est ni une série exclusivement automobile, ni un reportage de paysage. C’est un carnet dans lequel cohabitent tout ce qui attire mon regard pendant le voyage.

Des Alpes à l’Adriatique

Nous reprenons la route vers le sud. Derrière nous, les Alpes. Devant nous, la Croatie et l’Adriatique. En quelques centaines de kilomètres, le décor se transforme. Les montagnes laissent progressivement place à une végétation plus méditerranéenne, la lumière devient plus franche et les couleurs changent. C’est l’une des sensations que j’aime le plus dans les longs voyages en voiture : voir un territoire se transformer progressivement plutôt que d’atterrir directement à destination. Le passage d’un paysage à un autre devient perceptible, presque physique.

Atteindre la Croatie

Après plusieurs jours de route, nous atteignons enfin la Croatie. Mais l’arrivée n’est pas une fin : elle ouvre une nouvelle partie du voyage. Depuis Rijeka, nous longeons progressivement l’Adriatique en direction du sud. Les routes côtières succèdent aux cols alpins et la mer devient notre nouveau point de repère. Le voyage change alors de rythme. Après les kilomètres et les passages de montagne, la Croatie apporte une autre lumière, d’autres couleurs et une sensation presque estivale.

Krk, entre roche et Adriatique

Sur la route de Split, nous faisons étape sur l’île de Krk. La montagne a laissé place à la roche, à la mer et à une lumière beaucoup plus dure. Je photographie les paysages, mais aussi les personnes qui les habitent momentanément : une silhouette assise face à l’eau, quelques baigneurs ou des gestes ordinaires observés depuis la route. À nouveau, l’humain donne une autre dimension au territoire. Le paysage n’est plus seulement contemplé : il devient vécu.

Zadar, entre silence et lumière

À Zadar, je retrouve une approche plus graphique. La côte rocheuse, les îles visibles au loin et les contrastes de lumière me poussent à alterner entre couleur et noir et blanc. Certaines images deviennent presque abstraites. Quelques lignes suffisent : la mer, une montagne, une maison isolée ou une silhouette. Cette recherche de simplicité contraste avec l’intensité du road trip. Après plusieurs jours passés à rouler, les images deviennent parfois plus silencieuses que le voyage lui-même.

Split, couleurs et scènes de vie

À Split, nous posons enfin les voitures et prenons le temps de marcher. Après plusieurs jours rythmés par la route, cette journée offre une respiration. Je retrouve alors une photographie proche de la street photography. Je m’intéresse aux couleurs, aux ombres, aux personnages et à toutes ces petites scènes qui composent la vie d’une ville méditerranéenne. Un enfant dans une rue, une silhouette derrière un mur, une lumière sur une façade : autant de fragments sans lien apparent qui, une fois réunis, racontent pourtant quelque chose de Split et de la manière dont je l’ai découverte.

Quitter la Croatie par la mer

Après plusieurs jours sur la côte croate, il est temps de commencer le chemin du retour. Depuis Split, nous embarquons avec les voitures à bord d’un ferry en direction d’Ancône. La traversée offre une nouvelle parenthèse. Pendant quelques heures, plus de route, plus de cols et plus de kilomètres à parcourir. Seulement la mer et le temps qui ralentit. Au coucher du soleil, le pont du ferry devient à son tour un espace photographique. Les lumières artificielles se mêlent aux dernières couleurs du ciel tandis que les silhouettes se détachent face à l’Adriatique. Ces moments de transition occupent une place particulière dans mes projets photographiques de voyage : ils ne correspondent à aucune destination précise, mais racontent souvent parfaitement la sensation d’être ailleurs.

Fragments d’Italie

Au matin, nous retrouvons l’Italie. Depuis Ancône, la route nous conduit vers Bologne puis Ceresara. Après les paysages croates, mon regard revient progressivement vers les personnes et les scènes rencontrées en chemin. Un visage, une attitude ou quelques minutes passées dans un lieu deviennent matière à photographier. La fin du voyage approche, mais la photographie continue d’accompagner chaque étape. À ce stade, il ne s’agit presque plus de chercher des images : l’appareil est simplement devenu une manière d’être attentif à ce qui nous entoure.

Le Grand-Saint-Bernard, une dernière traversée des Alpes

Pour rejoindre la France, la route nous ramène une dernière fois vers les montagnes. Nous franchissons le col du Grand-Saint-Bernard, entre l’Italie et la Suisse, avant de poursuivre vers Chamonix. Après la lumière méditerranéenne de la Croatie, nous retrouvons le brouillard, la roche et les reliefs alpins. En quelques jours seulement, nous avons traversé des paysages radicalement différents. Les routes de montagne apparaissent ici comme des lignes tracées au milieu d’un territoire immense. Tunnels, ponts et lacets témoignent de notre volonté de traverser ces reliefs qui semblent pourtant vouloir nous arrêter. Cette confrontation entre nature, route et automobile constitue l’un des fils conducteurs de Road to Croatia.

Chamonix, les derniers kilomètres

À Chamonix, la France réapparaît et avec elle cette sensation particulière de revenir progressivement vers un territoire familier. Mais le voyage nous réserve un dernier imprévu : une panne. Une manière presque ironique de terminer plus de 3 000 kilomètres de route à travers l’Europe. Dix jours plus tôt, nous quittions Paris avec plusieurs voitures, une destination et l’envie de prendre la route. Entre les deux : des cols à plus de 2 000 mètres, l’Adriatique, des frontières, des rencontres, quelques problèmes mécaniques et des milliers de photographies.

Plus de 3 000 kilomètres plus tard

Road to Croatia est né d’une aventure entre amis, mais le projet est progressivement devenu un véritable carnet photographique de la traversée de l’Europe. Les voitures constituent le fil conducteur du voyage sans jamais en être l’unique sujet. Autour d’elles apparaissent les paysages, les villes, les habitants, les pauses, les incidents et tous ces moments qui n’étaient pas prévus sur l’itinéraire. De Paris à la Croatie puis de l’Adriatique aux Alpes, j’ai cherché à photographier autant le déplacement que la destination. Certaines images documentent précisément un lieu ; d’autres ne conservent qu’une lumière, une couleur, un visage ou une sensation. Ensemble, elles racontent dix jours de route et cette liberté particulière que procure le voyage lorsque l’on accepte de laisser une place à l’imprévu. Découvrez également mes autres projets personnels, notamment mes séries consacrées à la photographie de voyage, aux territoires et à l’automobile, ainsi que mes récits dans le Journal.

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